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On ignore 80% des métiers de demain, alors pourquoi orienter comme si on savait tout ?

23 juillet 2026·2 min de lecture

On ignore 80% des métiers de demain, alors pourquoi orienter comme si on savait tout ?

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Dans le film Enemy (2013), il y a une scène où un professeur explique à sa classe comment, à l'époque romaine, les dirigeants contrôlaient les foules — pas par la force seule, mais en contrôlant ce qu'elles voyaient, ce qu'elles savaient, ce vers quoi on les laissait regarder. Une phrase, un cours d'histoire, et pourtant elle résonne bien au-delà de l'écran.

1. Un mécanisme qui n'a pas disparu, il a juste changé de forme

Il n'y a plus d'empire aujourd'hui pour décider ce que les foules doivent voir. Mais il y a un système scolaire — et ce système décide, chaque année, quels métiers on présente aux jeunes et lesquels restent invisibles. Ce n'est pas un complot mais juste un système qui n'a jamais pris le temps de s'adapter. Mais le résultat, lui, ressemble beaucoup à ce que le professeur décrivait : une génération qui choisit son avenir avec une partie seulement des options sous les yeux.

2. Ce que disent les chiffres

On ignore 80% des métiers qui composeront la France de demain.

Ce chiffre, avancé par la sociologue Anne Muxel, en dit long à lui seul : comment orienter quelqu'un vers un avenir dont on ne connaît même pas 80% des contours ?

Et le reste du tableau ne rassure pas davantage :

  • 47% des professeurs disent avoir moins de 10 heures par an à consacrer à l'orientation de leurs élèves.

  • 72% des 18-24 ans estiment que le choix d'orientation arrive trop tôt dans leur scolarité.

  • Un collégien sur trois, et un lycéen sur quatre, regrette un manque d'information précise sur les métiers et les débouchés qui existent réellement.

Ce ne sont pas des chiffres isolés. Ce sont des jeunes qui prennent des décisions pour toute une vie, avec une carte incomplète.

3. Négligence ou choix ?

Voilà la question que je n'ai pas envie de trancher à ta place : est-ce qu'on limite ce qu'on montre aux jeunes parce que c'est plus simple à gérer — moins de métiers à présenter, moins de voies à expliquer, moins de temps à y consacrer ? Ou est-ce qu'il y a, quelque part, un intérêt à ce qu'une génération ne voie pas toute la carte, et choisisse plus vite, plus docilement, dans les cases qu'on lui présente ?

Je n'ai pas la réponse. Mais je pense que la question mérite d'être posée, parce qu'une fois qu'on la pose, on ne regarde plus l'orientation scolaire de la même façon.

Conclusion

Le professeur de la scène parlait de Rome. Mais le mécanisme qu'il décrivait n'est pas resté dans les livres d'histoire. Il vit encore, sous une autre forme, dans la façon dont on présente, ou pas, les métiers à ceux qui doivent bientôt choisir. À toi de voir ce que tu en penses.

Sources : étude Impala sur l'orientation scolaire (2022) ; enquête OpinionWay pour Edumapper (2025) ; rapport de la Cour des comptes sur l'orientation au collège et au lycée (2025).

Écrit par Grace Kabondo.

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